Un ennemi public nommé publicité

Edito_Publicité

On entend souvent dire que nos sociétés sont en proie au doute et à l’incertitude. Osons l’hypothèse qu’au contraire, elles ne doutent plus assez et étouffent dans leurs certitudes. Comment pourrait-il en être autrement alors que la seule question du sens de notre présence ici-bas, à l’origine de toute philosophie, n’est déjà plus susceptible d’être évoquée dans nos très laïques classes d’école?

Dans ce climat de progrès perpétuel, tout juste contrarié par quelques sorties de route covidiennes ou ukrainiennes, nous voyons apparaître de jeunes étoiles politiques, souvent d’un idéalisme sincère, qui plaident des interdictions, des étoiles dans les yeux. Ainsi, pour ne plus permettre la « colonisation de nos imaginaires », les voilà qui intensifient par exemple leur lutte contre la présence des publicités dans l’espace public, sans d’ailleurs guère s’émouvoir de celles qui s’affichent sur nos écrans.

Il ne s’agit pas de bannir toutes les réclames de nos rues, évidemment, mais celles qui – à leurs yeux – ne «font pas sens». Qu’est-ce à dire? Qu’en format mondial, l’entreprise locale est à défendre, et le capitalisme mondialisé à combattre, très certainement. Malheureusement, à moins d’être naïf, comment ne pas songer à ce moment où le petit commerçant qui voudra recourir à l’affichage public sera un spécialiste de la vente de pneus, ou de boutefas? Gageons qu’alors, d’autres considérations morales entreront en jeu…

Il ne s’agit pas ici de défendre toute publicité, disposée n’importe où, par simple esprit de contradiction. On peut comprendre ces milieux, attachés à une certaine pudeur, qui ne trouvaient pas très réjouissant de voir des images de couples en pleins ébats sexuels disposées à côté d’écoles dans le cadre des anciennes campagnes «Stop Sida». Et qui saurait s’enthousiasmer de la présence de publicités pour des fast-foods américains dans des cités médiévales?

Dans ce débat complexe, rappelons toutefois qu’une affiche pour un garagiste rédigée dans un français correct est aujourd’hui autrement plus subversive qu’un tag en anglais à la gloire d’une ZAD.

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