Un Amit pour la vie

Ce qui devient difficile, avec le progressisme, c’est que la caricature peine à suivre la réalité qu’elle serait censée exagérer.
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Prenez l’un de ces repas de fête où un convive un peu éméché, pas forcément le bonhomme le plus malin de la tablée, dirait: «De toute façon, dans ces universités, il n’y a bientôt plus que les gauchistes qui ont le droit de s’exprimer!» Ce serait très bête et très caricatural, n’est-ce pas? Eh bien c’est pourtant ce que nous assène, certes en des mots plus choisis, le chef de la police politique de nos camarades de Blick, j’ai nommé le sémillant Amit Juillard. Pour notre confrère, les choses sont simples: «l’université doit être un lieu de savoir et de connaissance, pas un lieu de désinformation et d’idéologie conservatrice.»

Et de célébrer, dans un billet virevoltant, les actions d’intimidation menées sur des conférenciers invités à l’université. Il faut dire qu’à ses yeux, ces auteurs auraient la grande tare d’être «transphobes», ce qui n’est assurément pas bien, même si leurs travaux dénoncent surtout les ravages d’interventions médicales trop précoces. Plus inquiétant encore, les premières victimes de censures à l’UNIGE, Caroline Eliacheff et Céline Masson, pourraient même être proches de « milieux bigots ultra-cathos qui prient en latin.» Qu’on les interne, vite! Notre ami Amit, néanmoins, n’est pas contre le débat: tout juste décrète-t-il que ce dernier «ne peut avoir lieu que si on écoute les spécialistes, si on lit des études sérieuses et si on convoque les personnes directement concernées.» Autant dire, entre gens bien. Des gens comme lui. Des gens autour desquels il se sentirait volontiers de tracer les limites de la fréquentabilité. Sommes-nous conservateurs, au Peuple? Nous croyons surtout que nous sommes restés punks. Car l’autorité, cette même autorité qui nous agaçait à 15 ans, est aujourd’hui du côté de tous ceux qui justifient leur refus de la liberté d’expression par un sentiment de persécution fantasmé. Peu importe la cause, que des journalistes célèbrent la censure est un pas décisif vers la destruction de l’intelligence et de la démocratie.

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