La famille traditionnelle prend l’eau

Il y a quelque chose de très désagréable à voir le camp conservateur exulter depuis la révocation du droit fédéral à l’avortement aux états-Unis.
Tandis que la vague progressiste touche 
les ménages, les repères religieux traditionnels 
vacillent. Unsplash / Natalya Zaritskaya
Tandis que la vague progressiste touche les ménages, les repères religieux traditionnels vacillent. Unsplash / Natalya Zaritskaya

Oui, vous avez bien lu: désagréable, et nous assumons ce mot. «Mais n’êtes-vous pas ce média qui ose enfin défendre des valeurs traditionnelles?», nous direz-vous sans doute. Oui, c’est le cas, à ceci près que nous ne pensons pas que l’on puisse fêter une telle décision de justice comme Nadal célèbre un point gagné à Roland-Garros. Lorsqu’il est question de vie ou de mort, ou de la souffrance de mères célibataires dans un ghetto, la réaction de ceux qui prétendent porter fièrement des valeurs civilisationnelles doit être digne, et à la hauteur des enjeux.

La famille, aujourd’hui, prend l’eau. Il faut être parent, peut-être, pour comprendre la dérive d’une société dont les petits écoliers croient désormais que les hommes peuvent «être enceints». Comment ne pas être effrayé, aussi, par la façon dont des concepts comme la masculinité «toxique» ou «la non-binarité» se sont imposés, alors qu’ils renvoient à des réalités qui n’existent que dans l’esprit d’universitaires militants. On peut comprendre, dès lors, le retour de balancier actuel, et les excès qu’il suscite. Reste qu’une décision de justice de la nature de celle qui ébranle les états-Unis doit être accueillie avec une certaine circonspection.

Y aura-t-il moins d’avortements après la décision de la Cour suprême américaine? Peut-être. Y aura-t-il moins de misère, de détresse et de promiscuité? Assurément pas. Car ce qui tue, ce qui nous tue en tant que société, n’est pas la dimension plus ou moins permissive de nos lois. Ce qui nous tue, c’est l’obligation qui nous est faite à tous de «prendre notre pied» en permanence. Ce qui nous tue, c’est cette idée que l’autre, le partenaire, n’est là que pour être consommé, et que l’on pourra jeter le fruit de notre union en cas de désagrément. Ce qui nous tue, c’est que l’idée de transmettre un héritage, des traditions, une foi, est désormais suspecte.

Les états-Unis ont pris une décision qui semble consacrer la victoire des chrétiens conservateurs. A ceux-ci de ne pas se laisser berner en pensant que la messe est dite, et les bébés sauvés. S’ils ne savent plus être le sel de la terre, et porter dignement un nouvel idéal pour ce monde, leur triomphe sera de courte durée.

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