Jean Raspail était un punk

L’auteur de «Sire» lors d’une dédicace en 2010. AYACK
L’auteur de «Sire» lors d’une dédicace en 2010. AYACK

On connaît l’écrivain des peuples disparus, le romantique patagon, le prophète de l’effondrement de l’Europe… «Petits éloges de l’ailleurs», nouveau recueil de textes choisis tout juste sorti chez Albin Michel, nous permet de découvrir que l’auteur du «Camp des saints», décédé en 2020, était aussi un sacré rebelle. Un punk à cravate, un punk à moustache, un punk fort catholique, mais un punk.

Nous sommes en 1984: une vague de «Touche pas à mon pote» va bientôt déferler sur la France, l’esprit du temps est résolument «progressiste» et Cyndi Lauper brille dans la nuit tant son maquillage est outrancier. Surgit alors Raspail, dans un article du «Spectacle du Monde», qui demande «de la tenue» et encourage les instituteurs à vouvoyer les enfants, de telle sorte que ces derniers n’aient plus le sentiment d’être marqués comme «éléments du troupeau» dès le plus jeune âge. «Vous» aux enfants, donc, mais aussi à Dieu le père, tutoyé depuis le concile Vatican II, ou encore aux épouses, tant il est plus élégant de se déchirer avec les formes. Et de tout résumer de son esthétique de l’existence en quelques mots: «Ne rien se laisser imposer sur le plan des usages, ni le tutoiement d’un égal, ni à plus forte raison celui d’un chef.» Certes, c’est vieille France, mais quand le pouvoir est dégoulinant et maternant, ce goût de la belle attitude n’est-il point autrement plus révolutionnaire que l’avachissement d’un rebelle de pacotille ?  rp

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